Inauguration de l'hôpital de Gonesse

Après deux ans de fonctionnement, le nouveau centre hospitalier de Gonesse a été inauguré par la Ministre des Solidarités et de la Santé, Agnès Buzyn.
Ce moment fut également l'occasion pour le maire de Gonesse, Jean-Pierre Blazy, de faire passer quelques messages sur la situation difficile que traverse actuellement l'établissement de santé et notamment son service des urgences.

A lire ci-dessous : Le discours de Jean-Pierre Blazy

 

 

Madame la Ministre,
Monsieur le Préfet,
Madame la députée, Monsieur le sénateur,
Mesdames et messieurs les élu(e) s,
Mesdames et messieurs représentant les institutions et les corps constitués,
Mesdames Messieurs les membres de la communauté hospitalière de Gonesse,

 

Je vous remercie Mme la Ministre d’avoir accepté de procéder à l’inauguration de notre nouvel hôpital. C’est en premier lieu une  reconnaissance envers l’ensemble des personnels hospitaliers qui se sont tant mobilisés pour ce nouvel établissement depuis sa conception jusqu’à sa mise en fonctionnement il y a déjà deux ans, c’est dire que le temps de l’inauguration était le bienvenu.

 Il y a 10 ans nous commémorions le 800e anniversaire de la fondation en 1208 de l’hôtel-Dieu et dans la foulée nous posions symboliquement la première pierre de ce nouvel hôpital. Les travaux ont commencé au début 2011 et le nouveau bâtiment a été réceptionné en avril 2016, un chantier long et arrêté à deux reprises en raison du dépôt de bilan de deux entreprises majeures. Mais la gestation du projet a été encore plus longue depuis les premières réflexions commencées dès 1996 qui avaient envisagé l’insonorisation et l’humanisation de l’hôpital de 1969,  la signature de la convention d’objectifs et de moyens avec Elizabeth Guigou alors Ministre de l’Emploi et de la Solidarité en 2001 qui nous a permis de bénéficier d’un accompagnement financier utile par rapport à la charge financière calculée sur le coût initial, la vigilance de tous les instants dont il a fallu faire preuve au gré des alternances politiques comme des contraintes et des réformes qui depuis vingt ans se sont accumulées sur l’hôpital public. Je peux dire qu’avec Jean-Pierre Burnier notre ancien directeur mais aussi avec les différents présidents successifs de la CME nous n’avons jamais cessé de tout faire pour que le projet de Gonesse puisse voir le jour alors que d’autres projets tout aussi indispensables rencontraient de grandes difficultés au point d’être dans certains cas contraints à l’abandon.

 

C’est donc avec une fierté légitime que tous les personnels de notre hôpital ont  de mai à fin juin 2016, en un temps record de deux mois, réussi le transfert des services de l’ancien établissement vers le nouveau bâtiment sous l’autorité de la nouvelle directrice Catherine Vauconsant. Mme Park qui n’était pas encore députée a pu être ainsi en août une des premières parturientes du nouveau pôle mère-enfant. L’exploit mérite d’être salué d’autant plus qu’à peu près dans le même temps l’établissement intégrait les 63 lits et places en soins de suite et de réadaptation (SSR) ainsi que des personnels de l’APHP en raison de la fermeture de l’établissement voisin de Villiers-le-Bel. Mme la Ministre je voudrais à ce sujet rappeler l’engagement non encore tenu qui avait été fait à la fin du quinquennat précédent de créer ici une unité de soins palliatifs.

 

 Ce nouveau bâtiment MCO a été conçu et réalisé par les architectes Valode & Pistre que je remercie pour leur œuvre désormais inscrite dans le paysage urbain de la ville qui témoigne de la permanence hospitalière à Gonesse depuis le début du XIIIe siècle. Le coût de l’opération s’est élevé au total à 315,5 millions d’euros.  La superficie de ce nouvel hôpital de 85000m2 regroupe l’ancien centre médico-chirurgical et l’ancienne maternité. Le nouvel  établissement offre des conditions hôtelières de prise en charge des patients de qualité avec 75% de chambres individuelles. Il dispose d’un plateau technique performant avec deux scanners, une IRM, une chaîne de laboratoire automatisée, 9 salles de bloc opératoire, un plateau de soins ambulatoires et un plateau d’endoscopie, autrement dit un nouvel outil hospitalier public performant à la hauteur des enjeux de notre territoire de santé.

 

Nous avons accordé une attention particulière à la desserte du nouvel établissement. Nous ne sommes ni à la sortie d’une station de métro, en tout cas pas encore nous en serons proches avec le métro du Grand Paris malheureusement retardé, ni à sortie d’une station de RER et nous sommes en Grande Couronne. Nous avons considérablement amélioré l’accessibilité des usagers comme des personnels avec trois bus qui desservent directement l’entrée de l’hôpital dont un BHNS rapide en site propre reliant les deux RER D et B. C’est à n’en pas douter une des conditions d’attractivité de ce nouvel outil hospitalier public.

 

Permettez-moi Mme la Ministre d’attirer votre attention sur plusieurs sujets car dans ce ciel de l’inauguration d’un nouvel établissement qui pourrait être serein des nuages assombrissent l’horizon.

 

Le premier sujet concerne la reconversion du site de l’ancien hôpital qui porte quand même sur une parcelle de près de 5 ha. Celle-ci ne pourra se faire sans une aide nécessaire et suffisante car le coût de la démolition de l’ancien bâtiment est très élevé. J’ai fait une proposition à l’ARS restée sans réponse ce qui m’a conduit à vous écrire Mme la Ministre car nous ne pouvons plus attendre pour négocier le protocole indispensable entre l’établissement, la Ville et l’Etablissement Public Foncier d’Île-de-France (EPFIF). Dois-je rappeler que le bâtiment à peine déménagé était réquisitionné par l’Etat et qu’il a été occupé par des migrants pendant un an et demi ? Il est surtout une charge pour l’hôpital depuis maintenant deux ans.

 

Le second sujet de préoccupation est le groupement hospitalier de territoire (GHT). Disons-le tout net. Nous n’avons toujours pas compris pourquoi l’ARS a cru bon décider un mariage forcé entre Gonesse et Saint-Denis. Et décider que nous ne pouvions être l’établissement support au seul motif que nous nous étions endettés avec la construction que nous inaugurons aujourd’hui ! Entre Gonesse et Saint-Denis il y a un point commun c’est vrai, ce sont les territoires les plus pauvres d’Île-de-France ! Mais les complémentarités médicales sont minces et les territoires de santé sont étanches. Le projet médical partagé ne peut être que de faible portée. Notre nouvel hôpital se dotera prochainement d’un nouveau projet médical car il devra compter avant tout sur ses propres forces. Mme la Ministre avec un nouvel outil hospitalier comme celui-ci il nous faut rechercher l’excellence et la performance auxquelles nous pouvons prétendre alors même que les contraintes continuent de s’alourdir sur l’hôpital public et sur les établissements médico-sociaux. Ces derniers pourtant concernés par la loi sont laissés de côté alors qu’ils connaissent des difficultés importantes qui menacent parfois leur survie. Nous pouvons à Gonesse devenir le plateau technique des établissements du territoire. Je demande qu’une évaluation des GHT en Île-de-France soit réalisée de façon indépendante et concertée.

 

La dernière question est essentielle. Ici comme ailleurs le mal être des hospitaliers s’accentue. Face à la nouvelle montée structurelle  des passages aux urgences adultes(+ 10%), pédiatriques (+ 7%) et psychiatriques (+ 8%), face à la précarité croissante qui concerne maintenant 44% des patients, nous sommes le deuxième établissement d’Île-de-France pour la population précaire derrière celui de Saint-Denis (75%), je peux témoigner de la détresse des soignants, il y a des départs pourquoi se le cacher, il y a toujours un dévouement exceptionnel mais les limites sont atteintes. Une partie importante de ces urgences sont en réalité des consultations particulièrement en pédiatrie. Sur les territoires comme les nôtres il faut Mme la Ministre financer la permanence des soins autrement que par quelques maigres subsides. La maison de garde doit quitter les lieux situés à l’entrée de l’ancien hôpital qui seront démolis mais les médecins de ville qui depuis une bonne dizaine d’années consultent pour quelques-uns avec une tarification de secteur 2 se refusent à penser qu’ils pourraient avoir à payer ailleurs un loyer jusque là gratuit. Cette maison de garde peut fermer aggravant ainsi la tension aux urgences. Il faut rapidement trouver une solution en ville à Gonesse. Malaise également face aux difficultés de recrutement dans certaines spécialités médicales et paramédicales ou de soignants de nuit, avec beaucoup trop de praticiens à temps partiel, face à une démographie médicale et paramédicale  encore plus difficile sur ce territoire qui impacte le bon fonctionnement de certains services et pas uniquement les urgences, face à l’insuffisance des soins de suite extérieurs pour le post-maternité (bientôt 3000 accouchements), face au manque de lits d’aval pour la population âgée et au besoin insatisfait de lits de SSR extérieurs. S’agissant de la chirurgie on peut toujours insister sur le tournant ambulatoire pratiqué ici  en fait depuis de nombreuses années sous l’impulsion du Dr Venutolo président de la CME, la chute des séjours en chirurgie  se poursuit et les 9 blocs opératoires ne réussiront pas à l’enrayer si on ne peut recruter, en réalité seuls 7 blocs fonctionnent, ce qui ne favorise pas l’activité.

 

Certes il nous faut trouver des réponses nous-mêmes et sur notre territoire mais alors il faut faire plus confiance aux établissements, réformer enfin la tarification à l’activité, agir sur les inégalités de rémunérations entre le public et le libéral, soutenir plus fortement les ateliers santé-ville du territoire, renforcer la médecine scolaire fort dépourvue et les politiques publiques locales de prévention. Vous avez déclaré Mme la Ministre qu’il n’y a pas d’économies sur l’hôpital mais on apprend qu’il va y avoir des allègements de charges pour le privé. Si les comptes de la Sécurité sociale s’améliorent grâce à la croissance et aux recettes comme celle de la CSG, la branche maladie pourrait être enfin proche de l’équilibre et il serait souhaitable que l’hôpital public puisse souffler quelque peu. Le dernier sondage annuel organisé par la Drees (Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques) organisme de votre ministère qui vient d’être publié indique que les Français sont moins nombreux qu’il y a cinq ans à considérer que le système de Sécurité sociale leur coûte trop cher. Nous nous inquiétons donc légitimement de la décision de l’ARS d’inscrire notre établissement dans le dispositif COPERMO présenté comme une opportunité à saisir. Si pour augmenter le taux de marge brute  de l’établissement aujourd’hui trop faible il faut que 70% des gains attendus proviennent de la réduction des charges, ce ne sera pas tenable car un hôpital ne sera jamais une entreprise. Il y a sept ans l’ARS avait voulu fermer la cardiologie interventionnelle au prétexte que le niveau de 300 angioplasties était insuffisant. La mobilisation de la population a été massive. Aujourd’hui nous pratiquons 800 angioplasties par an. Nous avons donc eu raison de résister. Il est clair que le dispositif COPERMO ne saurait demain aboutir à réduire encore plus les capacités et les missions de notre hôpital qui répondent aujourd’hui insuffisamment  aux besoins de santé de notre territoire.

Merci Mme la Ministre pour cette inauguration. Car en dépit des difficultés, en dépit de ce que je viens à l’instant d’exprimer, votre présence honore notre établissement et je vous remercie sincèrement au nom de tous les hospitaliers de Gonesse. Notre vieille institution hospitalière gonessienne en a bien vu des réalités et des épreuves depuis maintenant 810 ans. Elle saura affronter celles de ce premier XXIe siècle.

 

En exergue du livre du 8e centenaire de l’hôpital que je souhaite vous offrir en souvenir de votre venue à Gonesse nous avons placé  cette phrase que vous connaissez sans doute  du chirurgien Jacques-René Tenon extraite de ses célèbres Mémoires sur les Hôpitaux de Paris rédigés en 1788: « Les hôpitaux sont en quelque sorte la mesure de la civilisation d’un peuple ». Cette phrase garde tout son sens en 2018.