Commémoration du 8 mai 1945 - Discours de M. le Député-Maire

 

 

 

 

 

Allocution de Jean-Pierre BLAZY, député-maire

 

Pour la dernière fois, nous sommes rassemblés devant ce monument aux morts afin de commémorer ensemble la victoire du 8 mai 1945. Le 11 novembre prochain, nous inaugurerons le nouveau monument aux morts de Gonesse que nous avons souhaité implanter parmi les vivants, dans le cœur de ville, pour associer plus largement encore les citoyens à nos cérémonies patriotiques. Depuis de longues années, nous nous attachons à ouvrir ces commémorations qui ont pour but de rendre hommage aux morts pour la France mais aussi de transmettre la mémoire aux jeunes générations qui seront demain les garants des valeurs de la République : liberté, d’égalité, fraternité. La France est notre patrie et nous ne devons pas laisser ce mot à ceux qui identifient le patriotisme au nationalisme. La France que nous connaissons est un Etat de droit, une démocratie où chacun peut vivre librement sans craindre pour sa vie à cause de ses origines, de ses opinions ou de ses croyances. L’histoire de notre pays, et la Seconde guerre mondiale en particulier, nous enseigne que ces droits ont été acquis au prix de lourds sacrifices. Je salue la présence aujourd’hui des élèves du collège Philipe Auguste ainsi que la participation des représentants du Conseil municipal des jeunes, du Conseil participatif de la jeunesse et du service civique jeunes municipal.

Les militaires gonessiens morts pour la France dont les noms ont été lus à l’instant, ou les Gonessiens fusillés dont nous avons fleuri la tombe en ouverture de cette cérémonie n’étaient pour la plupart pas plus âgés que vous : 17, 18, 19, 20 ans. Plutôt que de vous relater la chronologie militaire de cette guerre qui embrasa l’Europe et le monde faisant plus de 50 millions de morts dont une majorité de civils innocents, je souhaite comme l’an dernier vous parler d’un jeune Gonessien qui s’est engagé dans la résistance et qui est mort il y a 73 ans pour que nous vivions libres aujourd’hui.    En 2016, grâce au dictionnaire bibliographique « les fusillés 1940-1944 », j’avais évoqué le parcours de Jean Camus, jeune résistant gonessien de 17 ans.

Aujourd’hui, je souhaite vous parler de Louis Furmanek, un autre jeune homme de notre commune engagé dans la résistance. Une rue de notre ville porte son nom mais peu connaissent son parcours et son engagement. Né en 1920 en Pologne, Louis Furmanek demeure au 33 rue Galande à Gonesse lorsqu’en juin 1943, alors âgé de 23 ans, il s’engage dans les francs-tireurs et partisans (FTP), mouvement de résistance fondé fin 1941 par le parti communiste français. Au péril de sa vie, il participe à des actes de sabotage sur des voies ferrés. Le 10 aout 1943, il agresse un garde-voie à Goussainville. Le 8 septembre, il est dans l’équipe qui attaque la brasserie parisienne Andrès réquisitionnée par les Allemands : un cycliste lance une grenade au milieu de la salle faisant une dizaine de blessés. Le 27 septembre, trois mois après son engagement, Louis Furmanek participe à ce qui sera son dernier fait d’armes. Rue Courty à Paris, vers 9h du matin, il tire avec trois de ses compagnons sur le docteur Paul Guérin, membre du Parti populaire français et en charge de la rubrique médicale pour l’hebdomadaire collaborationniste et antisémite « je suis partout ». L’homme sera seulement blessé au bras droit et les FTP sont poursuivis par des gardiens de la paix. Les résistants sont rattrapés rue Saint-Guillaume et deux d’entre eux sont touchés par les policiers : Maurice Charpentier et Louis Furmanek arrêté en possession d’un pistolet automatique et d’une grenade. Hospitalisé à la Pitié, il est ensuite incarcéré à Fresnes. Il comparait le 29 Février 1944 devant le tribunal du Gross Paris et est condamné à mort pour « actes de francs-tireurs ». Il est fusillé au Mont-Valérien le 10 mars 1944 avec Maurice Charpentier. Le ministère des Anciens combattants et victimes de guerre le fera sergent des Forces Françaises de l’Intérieur à titre posthume. L’oppression des nazis et la collaboration funeste de l’Etat français qui mit à disposition de l’envahisseur les moyens humains et matériels du pays pour l’aider à accomplir son entreprise de mort poussa des milliers de jeunes gens courageux comme Louis Furmanek à s’engager pour un avenir meilleur. Ce sont de vrais patriotes car ils étaient habités par l’idée que l’avenir de notre nation vaut bien  plus que leur destin individuel. Ils étaient patriotes car ils ont préféré mourir jeunes et libres plutôt que vieux et opprimés. De nombreux jeunes sont arrêtés et tués après seulement quelques mois d’engagement car les missions qui n’apportent alors ni gloire ni reconnaissance sont souvent périlleuses. Mais beaucoup de résistants survivront, contribueront à la réussite des débarquements de Normandie et de Provence qui ont permis la victoire finale et reconstruiront le pays après la libération.

La Résistance qui réunissait toutes les tendances politiques, des gaullistes aux communistes, a largement inspiré le programme de réformes de progrès à partir de 1945, avec notamment la création de la sécurité sociale. Le Conseil National de la Résistance avait un projet clair, une ambition sociale et démocratique forte pour le pays. Nous devons aujourd’hui sortir de la confusion et nous inspirer de ces femmes et de ces hommes pour repenser collectivement un projet de société fondée sur les valeurs de respect et d’humanisme.

Les nations européennes se sont déchirées durant des siècles à travers des guerres de territoire. Les impérialismes puis les nationalismes ont poussés les peuples à s’affronter et les patries à se détruire dans une recherche de domination mortifère. Pour mettre fin à cette escalade de violence, les Etats européens ont souhaité s’unir pour ne plus jamais reproduire les erreurs du passé ayant sacrifié des générations entières. Après l’échec en 1954 de la création d’une communauté européenne de défense, une communauté économique européenne est créée avec la signature du traité de Rome en 1957. Alors que seulement 21 ans séparent les deux guerres mondiales ayant provoqué des dizaines de millions de morts, les 27 pays actuellement membres de l’union européenne vivent en paix depuis 73 ans. C’est là une réussite incontestable. Mais en ce début de XXIème siècle, nous devons collectivement relever de nouveaux défis : contrôle des flux financiers, maîtrise des flux migratoires, crise écologique, terrorisme, délocalisations, chômage... L’Europe des peuples tant rêvée est toujours à construire ; l’Europe des marchés entraîne à nouveau la montée des populismes et des nationalismes sur le vieux continent. Ces mouvements basés sur le rejet de l’autre ne pourront nous mener qu’au retour aux heures les plus sombres de notre histoire.

En ce jour d’hommage aux morts pour la France de la Seconde guerre mondiale, j’appelle de mes vœux à une refondation de l’Europe pour construire une Europe des peuples,  une Europe démocratique et sociale, à même de répondre avec force aux défis qui sont les nôtres.

Je vous remercie